La Jeune Fille au Corbeau


EN BREF

—–Accepter sa différence pour la transformer en force, tel est le message du roman de Cécile Guillot. Destiné aux enfants de neuf à onze ans, La Jeune Fille au Corbeau conte l’histoire d’une jeune fille pas comme les autres… la nuit est un théâtre infernal et lui fait entrevoir l’avenir. Néanmoins, la jeune fille au corbeau ne s’en souvient pas puisque ses prémonitions sont énoncées pendant des crises de somnambulisme. Son corbeau est son seul ami, il est le seul à l’accepter telle quelle est et à l’aider jour après jour. Exaspérés et surtout effrayés, les parents de l’enfant décident de l’envoyer dans un pensionnat, loin, bien loin de Londres. Mais là-bas, les choses ne se passent pas comme prévu et semblent se compliquer…

—–La Jeune Fille au Corbeau est un roman de fantastique gothique adapté aux lecteurs dyslexiques, alors caractérisé par une police différente et un plus grande que la moyenne. C’est dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, challenge littéraire d’introduction à l’automne initié et inventé par la chroniqueuse Guimause Terrier que nous avons rencontré l’artiste. Cécile Guillot a eu l’immense gentillesse de nous envoyer son roman, nous la remercions encore pour ce geste généreux.

☆ ☆ ☆


UN OUVRAGE ÉTONNANT

—–Je me suis replongée volontiers en enfance pour pouvoir découvrir ce roman qui laissait entendre de belles aventure… et j’ai été plutôt satisfaite de ma découverte ! Il faut dire que La Jeune Fille au Corbeau sort des sentiers battus : l’intrigue, bien qu’assez commune, est traité d’une manière nouvelle que j’ai trouvé très fraîche. Un univers prenant et enivrant nous fascine et nous intrigue, les descriptions courtes mais efficaces permettent au lecteur d’imager l’endroit : je me suis sentie comme dans un film de Tim Burton tout le long de ma lecture. C’est d’ailleurs ce que je trouve être un grand point fort pour La Jeune Fille au Corbeau étant donné qu’il est dirigé vers les jeunes lecteurs : il stimule formidablement l’imagination et les péripéties de l’héroïne se détachent du livre et se jouent dans notre esprit. De quoi donner le goût de la lecture aux plus jeunes !

—–L’héroïne est également très intéressante. Perspicace, clairvoyante, lucide, intelligente : elle ne tergiverse pas, trouve rapidement les solutions et n’hésite pas. C’est très agréable quand la majorité des héroïnes que l’on peut trouver aujourd’hui passent leur temps à hésiter pendant une bonne moitié de l’œuvre. C’est une jeune fille qui réfléchit et qui sait tirer ses conclusions. Courageuse, méfiante et affirmée, c’est un très bon modèle pour les enfants.

—–Je n’en dirai pas trop sur ce troisième point pour ne pas vous vendre l’histoire avant que vous ne l’ayez lu mais cette œuvre est très dynamique et l’action ne traîne pas. Même si c’est un roman jeunesse, je n’ai pas vu le dénouement venir. Bien évidemment, quelques bribes de solution nous viennent à l’esprit – sûrement en tant qu’adulte –, mais une grande partie nous manque et j’ai beaucoup aimé. Vers la fin de l’œuvre, quand l’héroïne comprend le pourquoi du comment, j’ai fait une pause et je me suis dit : « wow, c’est génial ». Original, audacieux ! Les enfants ne pourront que ce régaler de ce petit livre différent dans le bon sens, ça fait bu bien de sortir des sentiers battus.

—–Enfin, le message est beau. J’aime bien le fait qu’il y ait comme une sorte de morale à la fin de l’ouvrage : c’est ce qui marque, ce que l’on retient ensuite quand les années passent après la lecture.


UN SANS FAUTES ?

——Non, malheureusement. Quelques points négatifs m’ont tout de même chagriné et ont coûté deux étoiles à La Jeune Fille au Corbeau. Tout d’abord, le rapport qualité/prix ou devrais-je dire quantité/prix. Pour 10€, le lecteur n’aura à se mettre sous la dent qu’une petite centaine de page avec un texte écrit très gros (donc je dirais une quarantaine de pages au format normal ?) et avec des illustrations. Même si tous les livres sont chers aujourd’hui, je ne trouve pas que le prix soit raisonnable quand on peut trouver des formats Poche aux environs de 7€ pour parfois presque mille pages… un format de recueil de plusieurs petites histoires comme celle-ci aurait éventuellement été intéressant.

—–De la même façon, comme l’œuvre est courte, elle est très rapide. Je n’ai pas eu le temps de découvrir vraiment les personnages ni les lieux. J’aurais aimé mieux connaître l’héroïne, sa psychologie et son passé. Je pense que même un enfant l’aurait apprécié pour, peut-être, s’y identifier. Le pensionnat m’a intrigué et découvrir son histoire m’aurait également plu ! Le dénouement était aussi, à mon avis, un peu trop rapide. J’aurais préféré quelques obstacles et quelques difficultés supplémentaires. La solution contre l’antagoniste était assez simple et on ne peut s’empêcher de se demander si une autre personne n’aurait pas pu le découvrir avant sans l’intervention de l’héroïne

——J’ai aussi ressenti quelques problèmes de compréhension vers la fin de l’œuvre et je me devais de le préciser car si un adulte le ressent, alors un enfant le verra d’autant plus. J’ai relu plusieurs fois quelques pages pour comprendre le pourquoi du comment, pour savoir qui parle à qui véritablement. Ainsi, un peu plus d’indications dans les dialogues auraient été plaisantes.

QU’EN RETENIR ?


Toujours est-il que je suis dans l’ensemble satisfaite de cette découverte et c’est un roman que je recommande à de jeunes lecteurs en quête de nouvelles aventures. Le fantastique est un merveilleux moyen de stimuler l’imaginaire et j’y serai toujours sensible quoi qu’il arrive.


RENCONTREZ CÉCILE GUILLOT

—–Cécile Guillot a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Encore une fois, un grand merci à elle qui s’est montrée disponible et d’une gentillesse touchante !

– Bonjour Cécile, avant tout, accepterais-tu de te présenter à nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?
—–Bonjour, je suis éditrice au Chat Noir et également auteure. J’ai à mon actif une dizaine de romans sortis chez différents éditeurs (Links, Petit Caveau, Nisha, Miroir aux troubles, etc). Je m’essaie à tous les genres (ou presque) mais mon genre de prédilection reste le fantastique.

– Pour quelle raison as-tu voulu destiner ce livre aux enfants ?
—–J’avais très envie d’écrire une histoire pour les enfants, mais une histoire façon Cécile Guillot, avec donc un côté gothique et un peu sombre. Je l’ai donc vraiment écrit dans cette optique. Bien-sûr en cours de route, j’ai eu quelques doutes : le vocabulaire n’était-il pas trop compliqué ? Certaines scènes trop effrayantes ? J’ai continué sur ma lancée, au fil de mon inspiration, et au final les enfants aiment beaucoup. Pour l’instant, aucun n’a fini traumatisé (rires).

– Etait-ce une volonté personnelle que d’adapter La Jeune Fille au Corbeau aux lecteurs dyslexiques ?
—–Le texte en lui-même n’a pas été adapté, mais c’est la police et la présentation particulière qui fait que ce livre peut être facilement lu par les enfants dyslexiques. Miroir aux troubles est une maison d’édition spécialisée dans ce type d’ouvrage. Collaborer avec eux me tenait particulièrement à cœur, car je suis psychologue pour enfants de formation, et j’ai travaillé quelques années dans les écoles, auprès d’enfants en difficulté ou en situation de handicap.

– Quand tu parles de ton roman, tu le décris comme « gothique ». Quelle définition donnes-tu à ce mouvement aujourd’hui ? A-t-il évolué depuis Bram Stocker et Mary Shelley ou penses-tu toujours suivre cette même ligne littéraire ?
—–Bien-sûr le terme « gothique » fait référence à un courant bien particulier de la littérature anglaise. De nos jours, on retrouve encore un peu de cette veine « gothique classique » dans certains ouvrages, parfois on utilise ce mot « gothique » juste pour désigner une histoire sombre. J’aime bien le terme de Freud Unheimliche ou « inquiétante étrangeté » [à lire sur Les Cris Vains sur le thème « l’inquiétante étrangeté » : Damaged Corpse, La Peur dans « l’inattendue étrangeté »], je pense que cela donne une assez bonne définition de l’ambiance gothique ; celle d’hier comme celle d’aujourd’hui.
—–Certains de mes ouvrages sont vraiment inscrits dans une tradition gothique avec les thèmes des secrets familiaux, du château lieu de séquestration et symbole du psychisme du personnage, comme Willow Hall. D’autres s’éloignent plus de la définition classique du terme, avec une ambiance dite « gothique » car sombre, parfois glauque comme Tragic Circus.

– Tu as choisi le corbeau comme compagnon pour ton héroïne. Pouvons-nous en tirer une certaine interprétation ?
—–Peut-être ! En fait, le corbeau est un des archétypes du gothique. On pense tout de suite au Corbeau de Poe. C’est un choix purement esthétique, mais peut-être peut-on y voir une signification cachée à laquelle je n’ai pas fait attention quand j’ai imaginé mon histoire.

– As-tu de nouveaux projets d’écriture ?
—–Plein ! On m’a commandé plusieurs romans jeunesse dans la lignée de La jeune fille au corbeau, et j’écris aussi un YA (Young Adult) contemporain. Sans parler des livres déjà écrits mais dont je n’ai pas encore annoncé la publication ou des idées d’histoire sur lesquelles je risque de travailler dès 2018.

– As-tu une recommandation littéraire à nous faire ?
—–Puisque nous avons parlé littérature gothique, je recommande Ma douce Audrina de Virginia Andrews. J’ai grandi avec, j’ai dû le lire une dizaine de fois ! Ce n’est pas un roman très connu, c’est pourtant une très belle histoire : sombre, dérangeante mais très poétique.

– Carte blanche, si tu veux ajouter quelque chose !
—–Merci à toi pour ces questions et merci à tous mes lecteurs 🙂

 

Par Laurence Teillet

Illustration de la Une : Cécile Guillot par Emilie Garcin


 

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